Sur l’« intégrisme laïque » français - Christian DELARUE

vendredi 6 juillet 2018
par  Amitié entre les peuples
popularité : 9%

Sur l’« intégrisme laïque » français

https://altermd.blogspot.com/2018/06/sur-l-integrisme-laique-francais.html

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article160019

Avant Edwy Plenel (on y reviendra), il y a eu en France comme première fois et contre la longue élaboration de la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux ostensibles à l’école publique, cette phrase : « Les médias arabes, unanimes, condamnent l’« intégrisme laïque » français ». (Le Monde, 12 décembre 2003).

Outre la généralisation abusive, on note qu’en décembre 2003 sur le journal Le Monde « Les médias arabes unanimes, condamnent l’ »intégrisme laïque" français.

XX

Le terme « intégrisme laïque » ou « intégriste laïque » est un néologisme de réaction venu du monde des religions face au long mouvement historique de sécularisation qui caractérise la modernité.

C’est donc un terme venu du contre-mouvement religieux voulant défendre le pouvoir de la religion non pas face à l’athéisme mais face à la montée de la privatisation du religieux dans les sociétés. On tend de plus en plus à ne pas importuner son voisin avec sa religion et ce même si c’est autorisé légalement (art 18 DUDH et loi de 1905 plus loi scolaires antérieures)

Le terme « intégrisme laïque » ou « intégriste laïque » est venu tout à la fois du terme « intégrisme religieux » (lui même venu de « intégriste catholique » contre les « modernistes » ) et des intégristes musulmans (et de leurs amis) voulant imposer la pudeur aux femmes (surtout, parfois aussi aux hommes qui doivent eux sinon cacher cou et cheveux du moins cacher cuisses et mollets) . Pour ces groupes religieux musulmans réactionnaires, défenseurs de la hidjabisation des sociétés, un « intégriste laïque » est un opposant défenseur de la liberté et l’égalité homme-femme et en l’espèce une personne qui défend la loi française interdisant les signes religieux ostensibles ou ostentatoires à l’école, laquelle ne vise pas l’islam spécifiquement. Les signes religieux discrets sont de plus autorisés. Seuls les signes ostensibles sont prohibés. Il suffit de les enlever et le problème est réglé. Ou alors on va dans une école communautaire.

Edwy Plenel a repris plus tard dans son livre sur les Musulmans un binôme similaire - laïcisme intégriste - sans jamais évoquer une seule fois, sous le terme d’intégrisme(s) musulman(s), les courants de cette religion voulant imposer le hidjab, au nom de la pudeur, aux femmes. Venant de la gauche à priori critique des oppressions et porteuse de perspectives d’émancipation cet « oubli » était problématique. Il le reste.

XX

C’est que ce contre-mouvement religieux et politique est tout à la fois, au plan des moeurs, sexyphobique et sexo-séparatiste (Christian Delarue). Il vise un hyperpatriarcat.

La sexyphobie se rattache à la haine et au rejet de ces hommes à la vue de trois « signes féminins » : la vue de 1 - tout bout de chair féminine, 2 - de toute forme féminine, 3 - de tout vêtement ou signe féminin. Enjeux : 1) une moindre liberté issu d’un autoritarisme de moeurs 2) Au-delà, on trouve la thèse de la responsabilité d’un viol relevant de la femme jugée trop sexy (cf aux trois points évoqués).

Le sexo-séparatisme vise lui à vouloir que les femmes restent à la maison avec les enfants. Ce n’est pas une séparation occasionnelle qui peut avoir un contenu progressiste. L’ensemble se rattache à une perspective de construction réactionnaire d’un hyperpatriarcat car ce contre-mouvement intégriste religieux fustige le « patriarcat restreint » de la « seconde modernité » (De Singly) ou les femmes ont imposé des lois de liberté et d’égalité pour elles sur de nombreux points.

Ces intégristes religieux s’opposent aussi aux athées et agnostiques (dits mécréants) et aux homosexuels et lesbiennes (opposition aux droits et aux marches des fiertés). L’ensemble de ces refus dogmatiques et pratiques sont dits réactionnaires et font d’eux des intégristes religieux . Ce terme se distingue de celui de fondamentaliste qui se rattache au type de lecture des textes sacrés. Au final, le sens est cependant assez proche.

Pour les intégristes religieux, la « réciprocité textile » (Christian Delarue) n’a pas lieu d’être. Autrement dit si le voile est permis ou devrait l’être dans la société civile alors le string seulement devrait l’être aussi. La réciprocité se conçoit sous le signe de la liberté et de l’égalité de traitement pour les hommes et les femmes, (le tout dans un monde sans viol ni violence sexiste). Or ce n’est pas le cas puisqu’il existe une « sexyphobie d’Etat » (Christian Delarue) qui interdit le string seulement hors des plages.

Nb : On connaissait - dans un registre similaire mais sans arrière plan religieux nécessaire - l’intolérance de l’allaitement public des femmes par des hommes et des femmes qui imposent, sous prextexte de pudeur, le remballement du sein dénudé (très peu en général - un bout de sein) .

Christian DELARUE

« intégrisme laïcard »

Edwy PLENEL : Pour certains musulmans et pour certains juifs ! Pas tous ! | Le Club de Mediapart
https://blogs.mediapart.fr/christian-delarue/blog/071117/edwy-plenel-pour-certains-musulmans-et-pour-certains-juifs-pas-tous


Brèves

8 janvier 2017 - Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale

Ni kippa, ni voile, ni autre signe religieux ostensible à l’Assemblée Nationale