Ou se situe le MRAP ? Citations de H Goldman - Réponses C Delarue

samedi 18 septembre 2021
par  Amitié entre les peuples
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Ou se situe le MRAP ? Christian Delarue

Pour dire cette position nous prendrons appui sur des extraits d’un livre d’Henri GOLDMAN dont un chapitre - payant - cité en-bas de ce texte

I - Dans l’universalisme vers l’égalité réelle (congrès MRAP juin 2018)

Citation d’Henri GOLDMAN (HG) et CD (mes initiales) pour ma réponse

HG : « Les conflits identitaires, quand ils opposent deux sociétés représentées par des États distincts, peuvent déboucher sur des guerres. Quand, au sein d’une même société, ils opposent un groupe dominant à un ou plusieurs groupes dominés, ils peuvent donner lieu à des massacres. Heureusement, dans les pays les plus civilisés, ces conflits peuvent aussi s’exprimer de manière moins sanglante et prendre la forme de « simples » discriminations. Pour lutter contre elles, l’histoire a élaboré un antidote : l’antiracisme. »

CD : OK à ceci près que les dominés (dans le champ économico-social) peuvent avoir des dominants de type divers : des terroristes, des intégristes religieux haineux des femmes. Mais accord néanmoins sur ce passage fort juste.

HG "Une tension inhérente à la démarche antiraciste se transforme sous nos yeux en contradiction explosive, comme s’il fallait définitivement choisir entre ses deux facettes – l’affirmation de l’universalité du genre humain et la reconnaissance de sa diversité – qui n’arrivent plus à se combiner.
À gros traits, on trouve d’une part la Licra, SOS racisme et « Ni putes ni soumises » Ces organisations sont par ailleurs très différentes par leur…, qui privilégient, dans leur objectif, l’intégration des migrants et de leurs descendants dans le modèle français dominant dont l’identité laïque est réaffirmée avec constance, de l’autre, le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), les « Indigènes de la République » ou le Collectif contre l’islamophobie en France" .

CD : Le Mrap se situe entre ces deux types. Le MRAP organisation universaliste qui lutte « contre toutes les formes de racisme » (congrès 1977) n’a rien à voir avec les Indigènes de la République même si certains militant-es du MRAP ont pu en 2005 les soutenir . Le MRAP est intrinsèquement et historiquement sur une base universaliste mais il milite pour reconnaitre la diversité des cultures dès lors que les droits fondamentaux ne sont pas répudiés pour cause de respect d’une culture notamment lorsqu’il s’agit de réduire les droits des femmes. Il est aussi « non campiste » (monde divisé en deux camps occident et le reste avec des défenseurs de chaque camp) alors que certains sont anti-islamophobie mais pas anti-antisémite et que d’autres sont l’inverse car ils sont anti-antisémitisme mais pas anti-islamophobe. Le MRAP a un positionnement « intermédiaire » spécifique issu de son histoire.

HG « L’antiracisme des années d’après guerre ne pouvait qu’être univoque : il sera universaliste sans réserve. L’urgence, c’est alors d’affirmer l’égalité intrinsèque des êtres humains face à ceux qui veulent les hiérarchiser. Il n’y a pas de races. Il n’y a qu’une seule humanité, indivisible. »

CD : D’accord

HG « Les sociétés européennes – et la société française au premier chef – considèrent généralement que leur propre système de valeurs, produit pourtant de leur histoire singulière, est naturellement l’étalon de l’universalisme, tandis que les autres systèmes ne peuvent être que porteurs de particularismes. Vu sous cet angle, l’universalisme antiraciste n’est pas totalement exempt d’impérialisme culturel. En miroir, évidemment, ce constat expose à l’accusation de relativisme culturel. »

CD : Diversité d’accord mais respect des droits humains. Est-il culturel et juste de mettre totalement sous voile les petites filles de moins de deux ans ?

HG : "Dans les années 1960, l’accession des anciennes colonies à l’indépendance s’accompagna de la réactivation d’un imaginaire national, y compris religieux, en tant que pièce maîtresse d’un patrimoine culturel ne devant rien au colonisateur dont il fallait s’émanciper, ne fût-ce que symboliquement. Érigée le plus souvent en religion d’État dans les pays de tradition musulmane, l’islam retrouva des lettres de noblesse et constitua souvent un facteur de dignité retrouvée pour les exilés qui occupaient le bas de l’échelle sociale dans les pays d’accueil.

CD : D’accord mais il y a droit pour les progressistes à s’opposer aux intégrisme religieux et à l’intransigeantisme de leur comportement !

HG "On vit naître à la périphérie des sociétés les plus développées des revendications identitaires « post-matérialistes ». Ce mouvement, qui légitime la revendication de la diversité culturelle – on se redécouvre Breton, Occitan, Basque ou Corse –, ouvrit un nouveau champ d’expression dans les domaines de la musique, de la mode ou du sport. La rhétorique du droit à la différence apparaît. les discriminations ne seront vaincues que par le mouvement même des discriminés.

CD : Les discriminés ne sont pas exclus de la lutte (nullement) mais ils de doivent pas agir en groupe(s) racial (raciaux) séparé(s), pas avec du racialisme, de l’identitarisme mais avec de l’antiracisme sans communautarisme.

HG : L’antiracisme universaliste est-il dépassé ? Non, puisqu’il postule l’unité du genre humain auquel il n’est pas question de renoncer. Mais à condition de l’expurger de son implicite assimilateur et de sa gestion paternaliste. L’émergence d’un nouvel antiracisme d’affirmation différentialiste fait courir le risque d’autres dérives possibles, qui s’appellent concurrence des victimes, racisme intercommunautaire et fragmentation sociale.

CD : Il s’agit de se mouvoir entre ces deux excès

II - Islamophobie : le mot et la chose

HG Et pourtant, dans les années 2000, il a bien fallu acter que le racisme avait muté. Ainsi, dans son rapport alternatif 2008 sur le racisme en Europe, le réseau antiraciste Enar* [4][4]Les textes cités ci-après sont disponibles sur le site… soulignait que « si le discours “directement” raciste semble se tarir peu à peu (sous l’effet des législations et de l’évolution des mentalités) et semble se limiter à la phraséologie des groupes extrémistes, des formes nouvelles et subtiles de discriminations sont néanmoins légion dans l’ensemble de la société ». Dans une note intitulée « Lutter contre la discrimination religieuse » (novembre 2005), Enar* relevait déjà à quel point la discrimination fondée sur la religion et les convictions « est souvent inextricablement liée au racisme et aux préjugés à caractère racial ; il est bien souvent difficile voire impossible d’établir une distinction entre ces diverses formes d’oppression ». La note poursuivait : « La religion ou les convictions sont souvent utilisées pour justifier une discrimination raciale et peuvent servir à voiler des motivations racistes. Cette réalité résulte du fait que les auteurs d’actes racistes ne font pas nécessairement la distinction entre nationalité, culture et appartenance religieuse.

Le choix qui s’est finalement porté sur « islamophobie » n’est pas le plus heureux car ce terme est désormais utilisé pour désigner trois phénomènes de nature totalement différente, phénomènes qui se retrouvent amalgamés sous le même signifiant.

« Islamophobie » désigne la stigmatisation (totale ou partielle) de l’islam comme religion. Il s’agit de la manifestation de la liberté d’opinion, attribut des sociétés démocratiques, qui a pu s’exercer contre tous les systèmes idéologiques et qui peut donc également s’exercer contre l’islam. Les fameuses caricatures danoises relèvent de cette définition. On peut sûrement qualifier ceux qui en ont fait la promotion comme de fieffés « fouteurs de m... », mais le droit est impuissant à les réduire au silence, et c’est très bien ainsi. Feu vert, par cohérence.

« Islamophobie » désigne aussi la stigmatisation, généralement globale, des musulmans. (Ici, ce serait donc plutôt une « musulmanophobie », mais on comprend qu’un tel barbarisme n’ait pas été proposé.) Il s’agit dans la plupart des cas d’une simple mise au goût du jour du vieux racisme qui prend acte de ce que, depuis bientôt trente ans, la composante religieuse semble primer dans l’affirmation identitaire des « arabo-musulmans » tout en relayant l’idéologie du choc des civilisations et de leur incompatibilité. Comme le rappelle Enar*, il ne faut pas être dupes. Feu rouge, sans faiblesse.

Mais on parle aussi parfois d’islamophobie pour nommer l’hostilité à certains comportements de personnes de religion musulmane inspirés par leur conviction religieuse. Et c’est là que les avis divergent. N’y aurait-il pas certains comportements qu’il serait légitime d’interdire et dont l’interdiction ne pourrait donc s’assimiler à de la discrimination ? C’est exactement la question qui est discutée dans cet essai, car la réponse ne va pas de soi. Si on admet le concept d’insécurité symbolique, il en découle que le refus de telle ou telle pratique musulmane qui s’affirmerait dans l’espace public ne peut s’assimiler a priori à une forme de racisme, même si ce n’est pas exclu. Pour être tout à fait précis : le refus du foulard islamique dans de multiples lieux et circonstances, pour déplorable qu’il soit de mon point de vue, peut aussi être le fait d’antiracistes indiscutables ayant donné par ailleurs toutes les preuves de cet engagement.

CD : Quid des interprétations réactionnaires de la religion ? Quid des intégristes religieux ? Accepter les progressistes, repousser les intégristes réactionnaires sexyphobes, sexoseparatistes, pro-hyperpatriarcat

Christian Delarue

CF L’antiracisme pris au piège | Cairn.info (4 euros )
https://www.cairn.info/le-rejet-francais-de-l-islam...