La stratégie des puissances militaires en Méditerranée - V Vilmont

vendredi 6 mars 2009
par  Amitié entre les peuples
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La stratégie des puissances militaires en Méditerranée

La stratégie américaine

Vilmont Véronique, ATTAC 33

Les Etats-Unis qui se sont imposés sur la scène internationale dès la fin de la seconde guerre mondiale, vont asseoir leur puissance hégémonique selon une stratégie de conquête et de domination au nom de la démocratie puis de la lutte contre le terrorisme.

Cette volonté de domination se traduira par des interventions directes et indirectes, s’appuyant, en Europe et en Méditerranée, sur un réseau de bases et installations militaires, et sur l’OTAN instrumentalisé par les Etats-Unis.


A -Les Etats-Unis s’ imposent en Europe de l’Ouest et en Méditerranée (1945-1989)

a.. Les Etats-Unis s’imposent comme super puissance économique

Au sortir de la guerre, l’Europe est dans une situation économique grave. Elle est incapable de subvenir aux besoins vitaux de ses populations Les Etats-Unis en revanche n’ont pas subi d’attaque sur leur territoire, et leur production, stimulée par l’effort de guerre, a triplé. Ils ont besoin que leurs anciens rivaux industriels se relèvent rapidement de leurs ruines afin d’exporter les produits américains (risque de surproduction) et dominer le marché européen. Le plan Marshall (1948-1951) proposé est accepté par 17 pays ; l’URSS et les pays satellites de l’Est le refusent et créent le COMECON. Il annonce le début de la Guerre Froide. Un prêt de 13 milliards de dollars est accordé, L’accord prévoit que chaque pays importe des produits industriels américains. L’Europe retrouve alors sa croissance rapidement et entre dans la société de consommation, influencée par un mode de vie et des valeurs américains.

Ainsi les Etats-Unis renforcent leur puissance économique : ils détiennent près de la moitié de la capacité mondiale de production et assurent près d’un quart des échanges mondiaux. Le dollar supplante la livre sterling et devient la monnaie d’échange de référence. Par les accords de Bretton Woods (1944), le FMI adopte le dollar comme monnaie de référence sur la base d’une parité avec l’or . Le dollar, seule monnaie convertible en or, devient la monnaie de réserve universelle. Dans les années soixante il perdra de sa valeur (dettes liées à la guerre contre le Vietnam) et perdra sa convertibilité. Néanmoins il demeure actuellement la monnaie de référence même s’il est « concurrencé » par l’euro.

a.. Endiguer le communisme

Mais le plan Marshall n’a pas pour seul but la domination du marché européen. Il s’agit de faire barrage au communisme. L’URSS jouit du prestige de sa lutte héroïque contre l’armée nazie, et son idéologie séduit les peuples libérés par l’Armée Rouge, ceux qui connaissent la misère et les privations de l’après-guerre et ceux qui veulent en finir avec la colonisation.

Plus qu’une menace réelle de l’invasion soviétique (l’URSS est dévastée comparativement aux USA dont l’économie avait été revitalisée par la guerre), les gouvernements occidentaux et Washington craignent une montée en puissance des forces de gauche en Europe.

Le Coup de Prague (février 1948) et la formation des démocraties populaires à l’Est inquiètent. Les gouvernements britanniques, français et du Benelux instituent le Pacte de Bruxelles en mars 1948 qui préfigure l’Union de l’Europe Occidentale. Mais le Blocus de Berlin (juin 1948) pointe les limites de leur alliance. Ils signent le Traité de l’Atlantique Nord dont la structure militaire -l’OTAN- est créée le 4 avril 1949. En réponse, les Etats du Bloc de l’Est concluent une alliance militaire le 14 mai 1950, le Pacte de Varsovie. Mais celui-ci est davantage une force défensive par rapport à l’OTAN dirigée par la puissante Amérique qui possède l’arme nucléaire. Rappelons que l’Alliance dès sa création est sous la coupe américaine : tous les Commandants Suprêmes des Forces Alliées en Europe (SACEUR) ont aussi simultanément assuré le commandement des Forces des États-Unis en Europe (EUCOM).

Les USA s’opposent farouchement à l’avancée politique de la gauche. En Grèce, en 1944 les troupes britanniques soutenues par les Américains s’opposent à la résistance communiste qui avait combattu le nazisme. Puis de 1946 à 1949 de violents combats se poursuivent dans de terribles conditions (notamment première utilisation de bombes au napalm contre des civils) entre les communistes et le gouvernement soutenu par l’Angleterre puis les États-Unis. Cette guerre prend une dimension internationale avec l’intervention américaine dans ce contexte de Guerre Froide. En 1967, une junte militaire s’impose après un coup d’état (plan Prometheus) avec le soutien discret des Etats-Unis.

Les Américains soutiennent aussi l’Espagne franquiste qui apparaît vite comme un rempart contre le communisme aux yeux des Anglo-saxons. Au début des années cinquante le régime espagnol, en contact avec les Britanniques et les Américains par son ambassade au Portugal, souhaite intégrer l’OTAN. L’opposition d’Alliés, notamment la France, retardera l’adhésion obtenue en 1982. Mais Franco demeure un partenaire : il autorise les États-Unis à implanter 4 bases sur le territoire espagnol en septembre 1953 (traité hispano-américain).

Quant au dictateur Salazar, soutien de Franco, son fervent anticommuniste lui ouvre les portes de l’OTAN : le Portugal en est membre fondateur. Ainsi les moyens militaires de l’OTAN peuvent servir contre les opposants au régime fasciste espagnol et dans les guerres coloniales des généraux portugais. Le soutien financier et militaire de Washington à des régimes, partis, groupes paramilitaires ou personnalités d’extrême droite peut se traduire par des actes terroristes. L’exemple de l’Italie en est, en ce sens, une triste illustration.

De 1969 à 1980, l’Italie doit faire face à des actes terroristes pilotés par des groupes fascistes pour déstabiliser la démocratie. Le Parti communiste italien, le plus influent d’Europe occidentale, est majoritaire dans le monde du travail. Comme en France en 68, la classe ouvrière italienne va mener pendant plusieurs mois des grèves sur des revendications sociales (7 millions de grévistes). Le gouvernement répond par une terrible répression. L’extrême droite (dont certains anciennes Chemises Noires) veut créer une situation de chaos afin de déclencher l’état d’urgence, entraînant la suspension des libertés démocratiques (grèves, activités du parti communiste, des syndicats.) et empêchant le PCI d’accéder au pouvoir allié à la Démocratie chrétienne. Cette « Stratégie de la tension » est élaborée par des organisations secrètes dont La Loge maçonnique P2, le Glaudio (un des réseaux clandestins de l’OTAN théoriquement créé pour parer à une menace d’invasion soviétique mais concrètement destiné à lutter contre toute « subversion » de gauche). Elle est responsable de plusieurs attentats (injustement imputés aux Brigades Rouges même si ces dernières commettent pour d’autres raisons des actes terroristes) : attentats à la préfecture Milan (17 morts), à la gare de Bologne en 1980 (85 morts, 177 blessés), explosion lors d’une manifestation antifasciste en 1974.En 2000, au Parlement italien, un rapport de la commission d’enquête sur les massacres commis durant les « années de plomb », conclura que Washington avait soutenu « une stratégie de la tension visant à empêcher le PCI, et dans une moindre mesure le PSI d’atteindre le pouvoir »*1.Or les médias continuent à ne parler que du terrorisme rouge occultant le terrorisme « noir ». On estime qu’entre 1969 et1975, 83% des attentats sont dus aux néofascistes.

La France, membre fondateur de l’OTAN se retire en 1966 de l’Alliance. Le général De Gaulle se méfiait de cette structure militaire atlantiste jugée sous contrôle américain. Mais dans le cadre de la Guerre Froide, la France reste un fidèle allié qui, hors de l’OTAN, demeure membre de l’Alliance Atlantique (l’OTAN en est le bras armé). Mais les forces armées françaises ne peuvent être sous contrôle américain.

La Turquie, en partie européenne, a une position géostratégique de premier plan (à cheval sur deux continents, au carrefour des axes Russie/Balkans/ Moyen-Orient, bordée par la Méditerranée et la Mer Noire) n’a aucun problème à adhérer à l’OTAN (1952). En 1974, l’armée turque occupe le nord de l’île de Chypre (sous contrôle grec). Et le 15 novembre 1983, un Etat auto proclamé, la République turque de Chypre du nord, n’est pas reconnu par la communauté internationale. Non seulement la Turquie ne sera pas inquiétée par cette occupation d’un territoire gouverné par la Grèce, mais encore, Chypre du Nord fait partie de l’’Union européenne, même si la majeure partie de la législation européenne ne s’y applique pas.

Puissance dominante de l’OTAN, les Etats-Unis contribuent à la mise en place ou soutiennent des dictatures, pratiquent un interventionnisme politique anti-démocratique, au nom de la lutte contre le totalitarisme.

a.. Bases américaines et de l’OTAN pendant la Guerre Froide

La doctrine Truman du « containment » (endiguement) s’applique dès 1945 par le maintien et le renforcement de bases américaines en Europe de l’Ouest et de nombreux accords bilatéraux*2. Ainsi, les Etats-Unis s’implantent militairement sur l’ensemble des pays du pourtour nord méditerranéen, sur la rive sud chez leur allié israélien, et en mer avec la VIe flotte (cf. carte 1)

Cette politique est soutenue par un budget de la défense qui, en temps de paix, fut relativement faible comparativement à d’autres grandes nations. Depuis la période de la Guerre Froide, il demeure le premier au monde.

Les Etats-Unis envoient massivement des troupes en Europe. Ils constituent ainsi une défense avancée en cas de guerre avec l’URSS et ancrent d’autant plus leur hégémonie sur le monde occidental. Grande-Bretagne, France, Allemagne de l’Ouest, Pays-Bas, Espagne, Italie, Grèce, Turquie, Islande accueillent des bases aériennes et navales, des camps, des dépôts militaires et des soldats dont l’effectif atteint, en 1962, 370 000 hommes. Les bases, localisées en Europe et en Méditerranée (Maroc, Libye, Turquie, présence de la VIe Flotte) constituent dès 1959 un réseau permettant l’approvisionnement des avions de guerre. Des fusées continentales peuvent être lancées depuis la Grande Bretagne et l’Italie. Le Bloc de l’Est est encerclé.

Toutefois il ne faut pas surestimer l’importance de la Méditerranée : il n’y eu aucune confrontation entre deux flottes de haute mer, malgré la présence dans les années soixante de la Ve Eskadra soviétique et de la VIe Flotte. Lors des guerres israélo-arabes de 1967 et 1973, les deux flottes déployées n’interviennent pas directement. Un spectaculaire face-à-face a lieu en octobre 1973 entre trois groupes aéronavals américains et quatre-vingt quinze bâtiments soviétiques*3

Du point de vue de la dissuasion nucléaire, la Méditerranée est une mer étroite : la détection des sous-marins nucléaires est plus aisée et donc, dans ce cadre, n’est pas favorisée. Toutefois, pour des missions où les intérêts des puissances alliées sont en jeu notamment pendant la décolonisation, la Méditerranée revêt une certaine importance. C’est le cas pour la France : Indochine, Suez, Algérie, Liban ; la Grande Bretagne ne renonce pas à Gibraltar et la VIe Flotte est présente et souvent engagée (évacuation de 2000 mille civils d’Israël et d’Egypte en 1956, présence durant la crise jordanienne en 1957, soutien aux interventions américaines au Liban en 1958 opérations contre la Libye en 1986.). La Méditerranée est un espace stratégique parmi d’autres, d’un certain nombre de conflits, où aux antagonismes Nord- Sud se sont ajoutées les oppositions Est-Ouest.

Durant cette période de 1945 à 1989, certes les Etats-Unis et l’Union soviétique ne s’opposent pas directement. Chacun développe son armement, maintenant ce qui fut appelé « l’équilibre de la terreur ». En 1920 les forces armées américaines n’étaient stationnées que dans trois pays étrangers, pendant la guerre mondiale dans 39 pays et, en 1968, dans 64 Etats répartis dans le monde. On en recenserait actuellement entre 700 et 800.

B - Evolution de la stratégie américaine depuis l’après Guerre-Froide : ruée vers l’Est et nouvel Otan (de 1990 à nos jours)

a.. Contexte politique : la fin d’un monde bipolaire

Après la Chute du Mur les Etats-Unis n’ont plus d’adversaire politique (dissolution du Pacte de Varsovie). Ils demeurent le principal pôle de dissuasion nucléaire. Le système économique collectiviste disparaît ou va disparaître de l’Est, et la Chine introduit l’économie de marché en 1978. Sur le plan idéologique, la critique du communisme s’est développée, notamment avec le témoignage de dissidents et l’intervention des chars soviétiques à Prague en 1968.

Privés d’ennemis, les Américains doivent reconsidérer leur politique étrangère pour maintenir et étendre leur hégémonie. Dès 1991 un concept nouveau apparaît, celui d’un nouvel ordre mondial : « Maintenant nous voyons apparaître un ordre nouveau, un monde où un nouvel ordre mondial peut être construit (.) un monde où les Nations-Unies libérées de l’impasse de la guerre froide, sont en mesure de réaliser la vision historique de leurs fondateurs. Un monde dans lequel la liberté et les droits de l’homme sont respectés par toutes les nations. »*4

Un « ordre mondial » ? En fait, l’après Guerre Froide va initier une période de désordres et d’instabilité au niveau international. L’ONU va effectuer plus d’interventions que lors des quarante-cinq années précédentes. Les zones de conflits vont se déplacer selon les intérêts stratégiques des Etats-Unis qui vont agir directement y compris en Europe (Yougoslavie).

Le danger évoqué pour justifier un nouvel ordre mondial n’est pas précisé, identifié. Il s’agit d’écarter, de combattre ce qui menace la stabilité du monde. L’Amérique se pose en leadership mondial de cette nouvelle croisade. « Il y aurait un leadership mondial, global qui agirait dans le cadre d’une réponse collective. Les Etats-Unis serait le catalyseur, la conscience des démocraties » écrit Bruno Colson*5. L’hyper-puissance autoproclamée dépositaire des valeurs universelles de justice et liberté propres aux démocraties, doivent être appliquées et/ou défendues dans le monde. Derrière ce discours idéologique se cachent des objectifs très pragmatiques : faire main basse sur les zones les plus riches en ressources énergétiques, assurer l’acheminement de ces ressources et diffuser l’économie de marché.

C’est un tournant majeur dans l’histoire entraînant un changement des conflits mondiaux, l’intervention directe des USA, notamment en Europe. Les troupes de l’OTAN vont être redéployées ; l’Alliance s’oriente vers de nouvelles missions.

a.. Indépendance et Révolutions colorées

L’URSS, dont le démantèlement est amorcé, n’existe plus officiellement en 1991 et le Pacte de Varsovie est dissous. Tel un effet domino, les républiques populaires s’affranchissent de la tutelle soviétique. De nouveaux Etats proclament leur indépendance : les Etats baltes en premier puis ceux des Balkans et d’Asie centrale.

C’est la période dite des « révolutions colorées », des révolutions non-violentes qui ont mis à bas des régimes corrompus et autoritaires : la Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004), le Kirghizstan (2005).

Toutefois, derrière les protagonistes des mouvements contestataires de cette période, on ne peut que s’interroger sur le rôle des ONG présentes sur le terrain et actrices des évènements. Des mouvements de jeunesse tels que Otpor en Serbie, Kmara en Georgie, Pora en Ukraine, et Kelpel au Tadjikistan reçoivent des financements d’organisations comme l’Open Society Institute (une des fondations de Georges Soros) ou du National Democratic Institut (présidé par Madeleine Albright).

Soros se targue que ses fondations ont contribué aux changements de pouvoir en Slovaquie (1998), Croatie (1999) et Yougoslavie (2000)*6. Des « Fonds Soros » ont été investis dès les années 80 en Europe de l’Est (Hongrie, Pologne). L’Open Society de Soros organisait des conférences avec des anticommunistes tchèques, serbes, roumains, hongrois, croates, bosniaques, kosovares.D’ailleurs plusieurs pays d’Asie centrale menèrent des actions contre l’O S I.

Si les Etats-Unis à travers les fonds Soros et autres associations (National Endowment for Democracy, Freedom House.) ont indirectement participé à ces Révolutions colorées, néanmoins celles-ci se sont faites avec le soutien et la mobilisation des peuples concernés. Mais cela illustre, notamment à travers ces exemples, la détermination des Etats-Unis d’étendre leur hégémonie en Europe de l’Est et en Asie centrale : pour neutraliser la Russie en l’encerclant, imposer l’économie de marché, et surtout, contrôler l’approvisionnement et l’acheminement des hydrocarbures.

Le cas de la Yougoslavie est différent. Le régime communiste de Tito n’est pas aligné sur Moscou. La transition démocratique est amorcée. Les frontières sont ouvertes, le tourisme se développe, l’économie de marché est introduite à un certain niveau, et le niveau de vie globalement s’approche de celui de l’Europe occidentale. La faiblesse de cet Etat fédéral sur laquelle va s’appuyer les Etats-Unis et ses alliés occidentaux, est la multitude de nationalités avec des répartitions géographiques différentes (cf. carte 2).

En jouant la carte du séparatisme, la Yougoslavie peut imploser. Ce sera le cas.avec l’intervention militaire des Etats-Unis puis de l’Otan en Croatie, Bosnie et Serbie, au Kosovo, en Macédoine au nom de la démocratie, des droits de l’homme, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes - droit à géométrie variable comme l’a révélé le conflit Géorgie-Ossétie du Sud, entre autres.

Ainsi les Etats-Unis tout en approchant leurs troupes de la frontière russe, veulent assurer et maintenir leur présence dans cette aire géographique névralgique qu’est le Caucase avec les riches gisements en hydrocarbures de la mer Caspienne et la proximité des zones productrices du Moyen-Orient.

a.. Le contrôle des gisements et routes du pétrole
Deux régions sont centrales : le Caucase (mer Caspienne et mer Noire) et le Golfe Persique (où mouille en permanence la Ve Flotte) pour leurs ressources énergétiques en pétrole et en gaz. Contrôler les zones de productions et les « routes » d’acheminement détermine la stratégie politique et militaire étasunienne (cf. carte 3)

De nombreuses voies d’acheminement du pétrole et du gaz passent par l’Europe de l’Est. D’autres zones sont également stratégiques : les trois pays caucasiens qui bordent la mer Caspienne sont des passages indispensables pour des carburants du fait des nombreux oléoducs, gazoducs. Il y a également de nombreux ports. L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) transporte sur 1 776 km le pétrole brut du champ pétrolifère d’Azeri-Chirag-Guneshli sur la mer Caspienne jusqu’à la mer Méditerranée. Achevé en 2006, le BTC traverse l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Il est le plus long oléoduc après celui de Druzhba qui relie la Russie à l’Europe centrale

La mer Noire est également une importance stratégique avec le point de passage maritime du Détroit d’Ormuz avant d’arriver dans la Méditerranée.

L’essentiel des routes du pétrole se jettent dans la Méditerranée pour aller approvisionner les pays importateurs européens. Cette mer conserve son enjeu politique et militaire.

a.. US et OTAN : la ruée vers l’Est

L’Alliance atlantique, créée pour défendre les démocraties occidentales de l’Ouest d’attaques éventuelles de pays du Bloc de l’Est, n’avait plus sa raison d’être au lendemain de la fin de la Guerre Froide. Mais les présidents Bush père et Clinton ont voulu conserver cette organisation comme outil de conquête politique et militaire. Dans les années 90, l’OTAN, tout en maintenant ses bases en Europe de l’Ouest, va en déployer progressivement en Europe de l’Est et en Eurasie (les ex-pays du Pacte de Varsovie) (cf. carte 4).

Des bases de l’Alliance s’implantent en Pologne, Tchéquie, Hongrie (1989) ; en Estonie, Lettonie, Lituanie (ex- pays de l’URSS), Bulgarie, Roumanie, Slovaquie (ex-pays du Pacte de Varsovie), et Slovénie en 2004 ; en Albanie, Croatie (2006). Mais la Grèce opposera son veto à l’intégration de la Macédoine, de même la France et l’Allemagne à celles de l’Ukraine, de la Géorgie.

En intervenant en Yougoslavie en 1992, avec l’aval de l’ONU, l’OTAN endosse le rôle d’organisation qui intervient dans un conflit régional pour y rétablir la paix. Mais en 1999, elle bombarde la Serbie, sans mandat onusien.

L’OTAN va évoluer en fonction de la stratégie américaine. Dès 1991 l’article V de l’Alliance - le droit à la légitime défense d’un Etat ou collectivement de plusieurs Etats membres- va être évoqué pour justifier son intervention militaire dans les Balkans. A partir de 1999, le conseil de l’OTAN va plus loin en adoptant le 24 avril un nouveau concept stratégique d’ « opération hors zone » donnant légitimité à des interventions hors de l’Europe. En 2001, après les attentats du 11 septembre, se met en place l’opération « Active Endeavour » pour lutter contre le terrorisme (une force navale est déployée en Méditerranée (Stanavformed). Elle se fait en partenariat avec sept pays du pourtour sud méditerranéen : Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Maroc, Mauritanie, Tunisie ; l’Autorité Palestinienne peut ou non y participer selon le conseil de l’Alliance. Cette coopération militaire est appelée « Dialogue méditerranéen ».

C’est à partir de l’Europe, depuis des bases aériennes, terrestres et maritimes que la guerre se fait en Afghanistan et en Irak. Les troupes, éparpillées, d’un équipement plus léger, sont plus opérationnelles. Des bombardiers décollent directement de Grande-Bretagne (Irak), d’Espagne (Irak), d’Italie (Kosovo). Sur mer, les marines sont introduits au nord de l’Irak depuis une base maritime de Crête.

En élargissant l’OTAN vers l’Est, les Etats-Unis font progresser leurs propres bases. Ils négocient avec des Etats situés surtout dans des lieux stratégiques pour le passage d’oléoducs et gazoducs, essentiellement dans le Caucase et en Turquie.

La base en Géorgie est proche des oléoducs Baku-Supsa et BTC. Les forces américaines basées en Allemagne sont redéployées sur le pourtour de la mer Noire afin de contrôler le détroit des Dardanelles et les ports d’où arrive le pétrole de la Caspienne, de la Russie et de l’Irak. On dénombre plusieurs bases en Roumanie et en Bulgarie ; la marine en Azérie reçoit une aide financière étatsunienne (contrôle des routes sous-marines des hydrocarbures en provenance du Turkménistan et du Kazakhstan) ; en Asie centrale sont implantées des bases en Ouzbékistan et Kirghizstan. Dans les Balkans, les Américains possèdent au Monténégro la plus grande base sous-marine de la région ; le camp Bondsteel au Kosovo est la plus grande base américaine en Europe (illustration des enjeux géopolitiques de la question de l’indépendance de cette ex-province de Serbie.). La Bosnie accueille également une base étasunienne.

Les bases américaines sont indépendantes de l’OTAN et, dans les pays « hôtes » les gouvernements ont signé des accords par lesquels ils renoncent au droit de juridiction sur les délits commis par des membres de l’armée américaine. En Roumanie et Bulgarie, les bases américaines situées au sein de l’OTAN, peuvent agir indépendamment des décisions de l’Alliance. Précisons que ces bases sont seulement à 30 minutes de vol d’un bombardier en route pour l’Irak, l’Iran ou la Syrie, à proximité des gisements de la Caspienne.

Progressivement, les Etats-Unis déplacent leurs troupes en Europe vers le sud et l’Est, proche des aires stratégiques. De Norfolk (Grande-Bretagne) en Italie, sera transféré le Joint Force Command de l’OTAN, sous ordre d’un amiral américain qui est aussi commandant de la VIe Flotte et de la Force de riposte de l’OTAN (carte 5).

L’OTAN, s’est dotée de nouvelles missions et son champ d’intervention ne semble plus avoir de limites géographiques. Dirigée par les Etats-Unis, l’organisation atlantiste apparaît de plus-en-plus comme un outil militaire et politique, à réaction rapide (concept qui apparaît au sommet de Prague en 2002), au service des intérêts de la superpuissance. Ce qui n’est pas sans soulever de problèmes.

a.. Le nouvel OTAN devient-il le corps expéditionnaire des Etats-Unis au niveau planétaire ?
En participant aux guerres dans les Balkans, l’OTAN violait la Charte des Nations Unies. Puis elle a continué à mener des campagnes militaires mais en dehors de son « champ d’action », au Moyen Orient, pour aider les Etats-Unis à lutter « contre le terrorisme et instaurer la démocratie », adoptant l’idéologie néoconservatrice. Le rôle de l’ONU devient de moins en moins visible. Or elle demeure, du moins en théorie, l’autorité principale du maintien de la paix et de la sécurité dans le monde qui doivent être garanties à toute nation. En 2007, le Traité européen de Lisbonne affirme que l’Alliance « reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en ouvre » *7.

L’élargissement à l’Est de l’OTAN se fait presque parallèlement aux adhésions des « nouveaux pays » à l’Union Européenne, sous pression américaine. Les Etats-Unis s’intéressent à l’Europe pour défendre ses intérêts économiques et s’appuient surtout sur ces nouveaux entrants qui, gratifiés d’« aides » diverses, défendent la politique de leur ami outre-Atlantique. Il en résulte une division au sein de l’Union Européenne : l’idée d’une défense européenne semble de plus en plus utopique, l’encerclement militaire de la Russie n’est pas du goût de tous les pays de l’Union, la crise géorgienne a montré une Europe divisée et la sécession du Kosovo a suscité des sentiments d’injustice générateurs de conflits.

La Russie, après l’humiliation ressentie durant des décennies, se réaffirme comme puissance sur la scène politique internationale et n’entends pas laisser les Américains s’enfoncer davantage sur ses terres (importante aide financière russe au Kirghizstan.qui annonce la fermeture de la base américaine de Manas).

Les Américains ont besoin de l’Europe, et de la Méditerranée, pour satisfaire leurs objectifs politiques, économiques et militaires. L’OTAN en est le cadre facilitateur. Les projets en politique étrangère du président Obama intègrent une plus grande implication de l’OTAN notamment en Afghanistan. Quant au président Sarkozy, il attend la célébration du soixantième anniversaire de l’OTAN les 3 et 4 avril 2009 à Kihl à Strasbourg pour annoncer la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Alliance.

L’OTAN aurait dû être dissoute en 1991. Des manifestations ont eu lieu contre la présence de ses bases en Allemagne, Espagne, Italie, République tchèque, Pologne.Seule une mobilisation populaire de grande ampleur peut s’opposer à la dérive guerrière de l’organisation atlantiste entraînée par les Etats-Unis dans une croisade mondiale fascisante. *8

* - - - -

*1 Cresson Daniel " Il était une fois.1969-1980 Italie, les années de plomb in l’Humanité Dimanche n°149 du 19 au 15 février 2009, p.76-81

*2 Magdoff Harry, L’âge de l’impérialisme- L’économie de la politique étrangère des Etats-Unis. Ed. Librairie François Maspero, 1970

*3 Suzan Bénédicte, La présence de la VI è flotte américaine en Méditerranée, une remise en question ? in Hérodote - Géopolitique de la Méditerranée ,n°103, 2001, p.42

*4 Discours au Congrès de Georges Bush le 6 mars 1991 citées par Darier Gilles et Jean-Marie, Les relations internationales de l’après guerre froide : quel ordre mondial ?

www.ac-grenoble.fr/histoire/programmes/lycee/classique/terminale/hist/ordremondial

*5 Colson Bruno, Concepts américains pour l’après guerre froide-

www.stratisc.org/strat_057_Colson_tdm.html

*6 j.Falkenhagen J. et Queck Brigitte, L’Ukraine, maillon des « révolutions colorées » d’une hégémonie mondiale dont rêvent les Etats-Unis

http://www.horizons-et-debats.ch.

A lire également sur ce sujet : Chaterian Vicken, Révolutions en trompe l’oil à l’Est in Le Monde Diplomatique, octobre 2005

*7 article 42 du Traité de Lisbonne sur l’Union européenne (point 7)

*8 Recherches internationales, OTAN : crise de légitimité, n°81, Janvier-février-mars 2008.

A consulter également -et entre autres- le site de l’OTAN et celui de l’Institut de stratégie comparée, Commission Française d’Histoire Militaire, Institut d’Histoire des Conflits (ISC-CFHM-IHC)

Références cartographiques

a.. Carte 1 - Rekacewicz Philippe - L’Europe de l’après guerre froide - juin 2000, Le Monde diplomatique

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/europestrat2000

a.. Carte 2 - Gimeno Roberto, Mitrano Patrice - Principales populations de l’ex-Yougoslavie en 1999 - mai 2003, La Documentation Française

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/cartotheque/principales-populations-ex-yougoslavie-1999.shtml

a.. Carte 3 - L’Europe de l’énergie in Questions internationales : La bataille de l’énergie (n°24 mars-avril 2007)

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/cartotheque/europe-energie.shtm

a.. Carte 4 - L’élargissement progressif de l’OTAN en Europe jusqu’en 2006 La Documentation française

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/cartotheque/elargissement-progressif-otan-europe-jusqu-2006..shtml

a.. Carte 5 - Bases stratégiques et points de contrôle en Méditerranée(2004) - La Documentation française

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/cartotheque/bases-strategiques-points-controle-mediterranee-2004.shtml


Brèves

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