La notion de théorie du complot est-elle une notion pertinente ?

mardi 27 novembre 2012
par  Amitié entre les peuples
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La notion de théorie du complot est-elle une notion pertinente ?

Extrait de (1) Nicolas CHEVASSUS-AU-LOUIS et Sophie DUFAU

Rappelons d’abord une définition. Par complot, on entendra le fait qu’un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des événements. Dans son dernier livre, le sociologue Luc Boltanski fait remarquer que « pratiquement chaque mot de cette définition fait problème » (Enigmes et complots, Gallimard, 2012, p. 283) et la discute longuement. Aucun lecteur ne s’est cependant élevé contre cette notion de complot. Une théorie du complot est donc un discours qui suppose l’existence d’un complot.

Deux types de critiques ont, schématiquement, été faites contre la notion ainsi entendue. La première est qu’il s’agit d’un fourre-tout, qui mélange des choses n’ayant aucun rapport, en particulier des faits avérés (tout le monde s’accorde, par exemple, à dire que la théorie du complot selon laquelle le capitaine Dreyfus était innocent est exacte) et des idées que l’on s’accorde le plus souvent à tenir pour farfelues (par exemple que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune). La seconde est que cette notion est trop utilisée pour disqualifier comme irrationnel et paranoïaque tout discours critique d’une parole officielle pour pouvoir être utilisée.

La première critique est pertinente, et ce d’autant plus qu’il n’y a aucun moyen de distinguer a priori une théorie du complot fondée d’une théorie infondée. Nous avons cependant choisi d’utiliser ce terme de théorie du complot parce qu’il nous paraît décrire très bien un type de discours qui, quel que soit son objet, fonctionne selon la même rhétorique, le même type d’argumentation : raisonnement à partir d’indices, de détails, que l’on cherche à assembler en un ensemble cohérent, refus du rôle du hasard ou des échecs, insistance sur les menées secrètes des individus ou des organisations... Nous renvoyons sur ce point à ce qu’expliquent Emmanuel Kreis et Loïc Nicolas dans les entretiens vidéo (à retrouver ici), qui soulignent que ce mode de raisonnement n’a rien d’irrationnel en soi, mais qu’il constitue une forme de pensée hypercritique, de doute poussé à l’extrême, qui aboutit au bout du compte à un discours fermé qui ne peut plus être réfuté. Peut-être faudrait-il inventer un nouveau terme pour décrire ce type de discours, un terme qui éviterait le risque de confusion avec les descriptions de complots avérés ?

La seconde critique part d’un constat exact. Mais pourquoi devrait-on s’abstenir d’utiliser une notion que l’on trouve pertinente parce qu’elle est parfois utilisée d’une manière qui ne l’est pas, et pour des raisons politiques condamnables ? Ce n’est pas parce que le terme de fasciste est utilisé à tort et à travers, en particulier comme insulte, que la notion de fascisme n’a pas de sens.

1) Enquête sur les théories du complot : en réponse aux commentaires | Mediapart
PAR NICOLAS CHEVASSUS-AU-LOUIS ET SOPHIE DUFAU

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/200812/enquete-sur-les-theories-du-complot-en-reponse-aux-commentaires


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