Ecole-IUFM-Université : quel paradigme éducatif construire ? M.Boudet

mercredi 12 août 2009
par  Amitié entre les peuples
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Ecole-IUFM-Université : quel paradigme éducatif construire ?

Martine BOUDET

Etant donné le caractère global des réformes gouvernementales concernant le système public d’enseignement, de formation et de recherche et les mobilisations et résistances en réaction, il paraît important de traiter la question spécifique de la formation des enseignants. Dans le dispositif institutionnel, celle-ci apparaît au carrefour des autres ; dans l’actualité sociale également, avec la double question de la fermeture programmée des IUFM comme écoles de professionnalisation des cadres enseignants et de la mastérisation a minima de leur formation dans une Université elle-même soumise à une réduction intensive de ses missions républicaines. Traiter cet aspect médian de la crise scolaire et universitaire permet donc de recentrer les débats citoyens sur les enjeux socio-éducatifs, en matière de développement économico-culturel également.

Par cette mise en perspective, il semble possible de faire évoluer le débat, actuellement quasi-exclusivement focalisé -à la CNU, aux Etats généraux de la formation des enseignants, à la CNFDE…- sur les questions structurelles de type institutionnel, statutaire…, vers les questions « substantialistes », identitaires et programmatiques, qui présentent un intérêt stratégique tout aussi important. A l’opposé du scénario-catastrophe précité, il s’agirait d’optimiser la relation entre Université et IUFM, et cela en redéfinissant de manière dialectique la relation entre savoirs académiques (transmis) et didactiques (transposés). La fermeture des IUFM serait en soi le signe fort de la mise en échec de la didactique comme science autonome émergente, démocratisant savoirs et cultures par leur transposition à destination de différents publics ainsi que par leur synthèse. Inversement, pour pallier à l‘académisme et à l’hyper-spécialisation universitaires incompatibles avec une authentique formation des enseignants, il y a dans la reconnaissance pleine et entière de la didactique matière, avec d’autres apports citoyens, à refonder les bases d’une culture partagée, en particulier entre les générations, la jeunesse étant dangereusement happée par la culture médiatique et ses dérives atlantistes et people.

Le trio Université-IUFM-Ecole peut par ailleurs être dynamisé en interne par la problématisation des contradictions et des conflits transversaux : relations entre disciplines techno-scientifiques et SHS/humanités (interdisciplinarité), relations entre maths et français (équité du statut des disciplines fondamentales à l’Ecole), relations homme/femme (parité), relations des publics en fonction de l’origine ethnique (pluri et interculturalité)…La notion de « champ disciplinaire », proposée parmi les « onze propositions » du MAUSS (p.328), mérite d’être étayée d’un point de vue anthropologique, sachant par exemple que les champs des sciences « dures » et « molles » correspondent à des profils tendanciels respectivement masculin/franco-français/classes moyennes et mixte/féminin/métissé/davantage populaire. Et qu’à ce titre, coopération et solidarité entre ces champs comme avec les autres paraissent des principes de bon sens.

A ces conditions notamment, et en accord avec les principes de « l’appel des appels », Université, IUFM et Ecole participeraient à la reconstruction d’une culture professionnelle enseignante, au-delà d’une identité corporative de la base au sommet de l’édifice. La communauté éducative peut, ce faisant, s’affranchir intellectuellement de l’actuel système multilatéral de domination, sur lequel repose l’édifice néo-libéral de la « société de la connaissance » et élaborer les principes du paradigme alternatif, d’une authentique « politique de civilisation ».

Parmi d’autres objets de réflexion, les suivants semblent opératoires :

I- La fin d’une ère républicaine (historique et bilan idéologico-institutionnel de la formation des enseignants)

1 –La fermeture des écoles normales vivier des hussards noirs de la République

2-Les ENS ou la conservation élitaire des savoirs académico-didactiques

3- l’INRP une noosphère confidentielle

3-L’Université ou l’académisme dominant

4- les Inspections générales ou la « gestion » des disciplines (absence de culture de l’ innovation)

5-Les IREM ou l’exception mathématique (statut privilégié)

6- L’Ecole (monde associatif) ou le dialogue de sourds entre « instructeurs » et éducateurs

7-Les IUFM une synthèse démocratique inaboutie

8- la crise conjointe de l’Ecole, de l’Université et des IUFM sous la gouvernance sarkozyste

II- Cristallisation actuelle des enjeux socio-éducatifs (contradictions et conflits intra-systémiques)

1-le culte des maths/sciences/techniques et le déclin du français discipline fondamentale (impact de l’« économie de la connaissance » néo-libérale)

2- jeûnisme démagogique (médias et publics), hiérarchisme infantilisant (administration) et perte consécutive d’autorité des professeur(e)s et éducateurs/trices

3- le déséquilibre interne aux sciences de l’ éducation (prépondérance de la psycho-pédagogie par rapport aux didactiques et aux Sciences humaines et sociales : dérive de l’idéal « L’enfant au centre des apprentissages »)

4- le technocratisme gestionnaire des catégories « protégées » (universitaires, formateurs…)

5- le reflux corporatiste des personnels fragilisés (enseignants du secondaire)

6- Un conflit social emblématique : dispositif des réformes Pécresse-Darcos vs résistance unitaire des corporations : coordinations nationales (CNU, CNFDE, coordination « Ecole en danger », réseau des enseignants désobéisseurs…), intersyndicale.

III-Pour une politique éducative de civilisation ( prospective en matière de recherche-formation et/ou au niveau des programmes de recherche et d’enseignement) :

Il s’agirait de réhabiliter et/ou de promouvoir les principes, disciplines et institutions suivants :

1-La parité culturelle et en matière de carrière et de responsabilités, réponse à la féminisation du métier d’enseignant

2- La diversité culturelle et l’interculturel réponses au métissage des publics scolaires et des médias : cas des régions historiques ou transfrontalières (dans le cadre de l’Union européenne), des DOM-TOM, des banlieues…

3- La francophonie et le dialogue culturel intra-européen et international comme modes de pondération d’une anglophonie économiste et techno-scientiste

4-Le français comme discipline fondamentale et trans-disciplinaire : création d’IREF, didactisation des grammaires sémantique et du discours, des littératures francophone et européenne, du FLE-FLS, de la sémiotique, de la sémiologie, de l’archétypologie…

5-Les sciences humaines et sociales (SHS)- dont l’anthropologie culturelle, la psychologie sociale- et les humanités philosophiques, littéraires, artistiques…

6-La didactique générale et (inter)disciplinaire comme instance de conciliation des « instructeurs » et des éducateurs et comme élément moteur de la recherche académique dans le domaine des SHS et des humanités (effet de feed-back)

7-Le métier d’enseignant : création d’un statut d’enseignant-chercheur en didactique (à différencier du statut d’enseignant-formateur en IUFM) pour les professeurs du primaire et du secondaire

8-Les IUFM comme instance de création et d’harmonisation didactiques, interdisciplinaires et citoyennes

9-Les ENS, l’INRP, le CNDP… instances démocratisées de prospective et de création didactiques -générale et (inter)disciplinaire-. Recrutement dans les ENS (sur le modèle des écoles de Sciences politiques) d’un contingent d’élèves-étudiants des banlieues et quartiers difficiles.

* Publications récentes sur ces sujets (à titre individuel ou collectif)

Pour une politique éducative de civilisation (Etats généraux universitaires sur la formation des enseignants et Attac)-2009

http://www.etatsgeneraux-formationdesenseignants.fr/spip.php?article226

http://www.france.attac.org/spip.php?article10162

Pour une formation (inter)disciplinaire aux fondamentaux des sciences humaines et sociales (SHS) (Etats généraux de la formation des maîtres, groupe inter-IUFM, 2008)

http://www.former-des-enseignants.org/eg/contrib/?f=page26Boudet

Appel collectif à promouvoir français, Lettres, langues, arts, philosophie, sciences humaines et sociales…(2007). :

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article150

Economie de la connaissance : défense et promotion des Sciences humaines et sociales (SHS) et des humanités (2008)

http://fsm-sciences.org/spip.php?article154

http://www.france.attac.org/spip.php?article9411

Economie de la connaissance : quelles alternatives à partir des sciences sociales et des humanités ? (2008)

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article680

L’économie de la connaissance : quel programme pour les Lettres, arts et sciences humaines ?(SNESUP, 2008)

www.universite-democratique.org/spip.php?article159

Economie de la connaissance et démocratie culturelle (Conseil scientifique d’Attac, 2008)

http://www.france.attac.org/spip.php?article8149

La place des Sciences humaines et sociales dans les pôles de compétitivité et à l’Ecole (2007)

www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1506

Pour la promotion de l’Ecole et de l’enseignement du français (contribution au débat sur le film Entre les murs de Laurent Cantet, ADREUC, 2008)

www.adreuc.blogspot.com


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